lundi 11 juillet 2011

L'ombre du vent

Une pure merveille. Un petit bijou de la littérature. C'est le genre de livre que je rêverai d'écrire: mon dieu, si un jour j'arrive à procurer à quelqu'un la sensation que me procure ce livre, j'aurais réussi ma vie. Malheureusement, j'en suis bien loin du compte. Parce que Carlos Ruiz Zafon a une plume terrible: les images sont évocatrices, les mots surpuissants. Lorsqu'on tourne les pages de ce livre, ce n'est pas simplement une histoire qu'on lit, mais une histoire qu'on vit. Il y a les sentiments qui nous prennent, les voix qui résonnent, des parfums qui embaument l'air, des visions fugaces qui nous apparaissent et disparaissent: on est avec Daniel et telles des ombres à son passage, on parcourt les rues mystérieuses de la Barcelone des années 40. Le style n'est jamais superflu et les mots traduits par François Maspero semblent avoir gardé toute leur saveur initiale.

Quant au contenu, cette fresque proposé par le Catalan est tout simplement une ode à la littérature dans ce qu'elle est de plus profond, avec cette question qui se glisse entre les pages: un livre peut-il réellement changer votre vie? Cela peut sembler idiot comme question, mais étant une amoureuse des livres, j'en suis persuadée. Et qu'est-ce que je donnerai pas pour pouvoir poser mes pieds dans ce fameux Cimetière des Livres Oubliés imaginé par Záfon! Déambuler dans les rayons d'auteurs maudits, inconnus, oubliés, trouver le livre qui vous a toujours appartenu... Une deuxième Dame à laquelle l'auteur rend hommage dans ce livre, c'est Barcelone. La ville est sublimée par les mots, ses descriptions sont juste magnifiques. Je n'ai jamais eu un faible pour tout ce qui était description (avant cela, je les lisais souvent en diagonale), ce qui me semblait être des mots commerciaux, qui étaient là pour remplir inutilement les pages ou pour satisfaire l'orgueil de l'auteur qui n'arrivait plus à écrire... Or avec l'Ombre du vent, les descriptions n'étaient plus de simples longs textes ennuyeux: la ville y devient un personnage à part entière. Depuis, je ne lis plus simplement les descriptions de la même façon, que ce soit celle de Záfon ou de tout autre auteur: on ne sait jamais sur quelle merveille on pourrait tomber...

Quant à la petite histoire de ce livre, elle est simple, mais elle me tient à coeur. J'ai toujours adoré tenir des blogs, écrire à des inconnus, avec l'espoir qu'un jour peut-être, ils soient touchés par ce que j'écris. L'idée de lire ce livre m'est venue lors d'un appel virtuel (maintenant, ce serait le fameux statut facebook: un livre/film à conseiller?). Un anonyme qui avait l'habitude de commenter à tout hasard mes articles m'avait cité ce livre avec la certitude que j'allais l'aimer. Je ne sais pas qui il ou elle est, mais je le/la remercie de m'avoir fait découvrir ce livre que je n'aurais peut-être jamais lu auparavant. Alors si le coeur vous en dit, allez-y, allez acheter cette petite merveille espagnole!

à lire aussi:
Le jeu de l'ange

jeudi 7 juillet 2011

La mécanique du coeur

Un grand monsieur que je vais vous présentez ici. Stéphane Deschamps (les Inrockuptibles) a écrit à son sujet:

" Mathias Malzieu est...
Mathias Malzieu est un Petit Prince en anorak.
Mathias Malzieu est un homme de goût (il aime les films de Tim Burton, les livres de Richard Brautigan et les disques de Johnny Cash).
Mathias Malzieu est un poète.
Mathias Malzieu est le chanteur de Dionysos, un groupe de rock qui n’arrête pas de faire des bonds pour avoir la tête dans les nuages et décrocher les étoiles.
Mathias Malzieu est un enfant qui a beaucoup appris des grandes personnes. "

Cette description est presque parfaite (bha oui, imparfaite parce que je ne l'ai pas écrite!). Mathias Malzieu, c'est le tricoteur de notes et de rêves à volonté. Ses mots glissent sous vos yeux et immédiatement, vous vous trouvez sur une guimauve. Sa prose est poétique sans pour autant être poème et bien loin d'être prosaïque. Il faut l'expérimenter pour comprendre la force que Malzieu insuffle dans ses oeuvres (autant littéraires que musicales). Ce gars, on a juste envie de devenir son ami tellement il doit être passionnant et envoûtant.

Revenons à nos moutons, en l'occurrence ici, à "La mécanique du coeur". Vous avez aimé L'étrange Noël de Mr Jack? Alice au pays des merveilles? Les contes en tout genre? Alors vous aimerez "La mécanique du coeur". Comme décrit un peu plus haut, Mathias Malzieu a le don d'être envoûtant, de rendre ses personnages envoûtants. Dans ce livre, vous allez découvrir les anti-héros les plus attachants du monde: en commençant bien évidemment par Jack, notre héros au coeur-horloge, passant par Méliès, Arthur, Madeleine et en finissant par la sublime Miss Acacia. J'ai lu dans les différentes critiques qu'on le comparait à Tim Burton ou Lewis Caroll: je ne suis décidément pas d'accord. OK, l'univers est plus ou moins semblable (fantasmagorique, gothique mais à la fois humoristique), mais Caroll et Burton ne sont pas français. Non pas que je jette la fleur aux Français (loin de là, les Belges sont les meilleurs haha), mais sans prétention, dans mon humble vie de lectrice et ayant lu quand même pas mal de livres, je n'ai jamais trouvé un univers aussi merveilleux et captivant que celui de Malzieu dans la littérature française. Lorsqu'on ouvre ce livre à n'importe quelle page, on est sûr de tomber sur une "belle phrase". Bref, ce livre est un petit bijou, de ceux qu'on a envie de réacheter à chaque fois qu'on passe chez le libraire.

à lire aussi:
38 Mini Westerns (avec les fantômes)
Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi
Métamorphose en bord de ciel

L'attrape-coeur

L'idée de ce blog trottait déjà depuis un bon bout de temps dans ma tête. D'abord parce que je suis fan de blog, mais aussi parce que plus les années passent et plus ma bibliothèque se remplit de trouvailles et autres petites merveilles, et ce serait fichtrement égoïste de les cacher au grand public. Et puis ce sera aussi un aide mémoire pour moi... Bha oui, que voulez-vous, je me rappelle souvent vaguement avoir lu un livre, me souvenir l'avoir apprécié, mais la plupart du temps, je ne me rappelle plus pourquoi. Donc voilà, j'inaugure ce que j'appellerai un "blog littéraire" avec le classique bien connu (?) qu'est "L'attrape-coeur" (The catcher in the rye), livre culte de JD Salinger.

Pas besoin de vous raconter l'histoire, allez chez le libraire et lisez les premières pages et vous comprendrez. Ce livre, ce n'est pas seulement l'histoire dans Holden Caufield, mais c'est aussi l'histoire de tous les adolescents en crise que nous avons été, que nous sommes ou que nous serons. Au fond, on a tous voulu être un "attrape-coeur" une fois dans sa vie (peut-être que certains en font vraiment leur métier...). Le ton de l'auteur nous happe dans la vie de cet ado en quête de lui; les phrases sont familières, le style, direct. On a presque l'impression d'écouter un pote qui nous raconte sa folle nuit passée. Certains détails sont insignifiants, incongrus, inutiles. C'est ça qui fait le charme du livre: on ne sait jamais quelle histoire Holden va nous conter. Lui-même le dit, il aime les digressions, c'est vrai, pourquoi se contenter de simplement raconter les faits? Ce livre n'est pas culte pour rien, parce que ce qui fait un bon livre, c'est sa capacité à nous identifier à ses personnages. Et la fresque proposée par Salinger est sans nulle doute assez luxuriante que pour y trouver un peu de soi-même au fil des pages. L'un de mes passages préférés, c'est sans nul doute lorsque, complètement bourré, il se trimballe dans Central Park à la recherche de l'étang (et surtout lorsqu'il casse le CD pour Phoebé). Bref, ouvrez ce livre et vous passerez un bon moment avec Holden!

Dans ce blog, j'aimerai également, comme Caufield, faire des digressions. Parler du livre en tant qu'objet, parce que chacun de mes livres a une histoire (plus ou moins longue, cela dépend). Cela peut-être une histoire sentimentale (comme celle rattachée à ce livre), ou encore des anecdotes, ou ce qui m'a amené à lire tel ou tel livre. En ce qui concerne "L'Attrape-coeur", j'ai quand même attendu 18 ans pour le lire. Je le connaissais bien, ce livre à la couverture "arc-en-cielisée" et sans résumé. J'avais hésité maintes fois à me l'acheter, puis finalement, mon choix se portait (à tort?) sur d'autres livres et d'autres mots. Puis, le jour de mes 18 ans, il a décidé de me l'offrir: m'offrir une de ses Bibles, l'oeuvre de son Maître, de son idéal, c'était certainement le plus beau des cadeaux qu'on puisse offrir. Bref, à la veille de ma vie "d'adulte", m'offrir l'Attrape-coeur, c'est plutôt symbolique (perso, le p'tit speech du prof au nom italien m'a bien fait réfléchir) et ca me fait penser qu'au fond, moi aussi plus tard j'voudrais être une catcher in the rye...